Atlantic Dredging
Maroc S.A. : au cœur du chantier qui prépare les ports marocains au gigantisme naval

Navires plus longs, tirants d’eau plus importants, massification des flux : le gigantisme naval impose aux ports historiques une profonde mutation. À Casablanca, cette transformation se joue jusque dans les fondations des quais. Sur les postes de la série 30 du terminal polyvalent exploité par Marsa Maroc, Atlantic Dredging Maroc S.A. déploie une ingénierie maritime de haute technicité pour approfondir les infrastructures sans compromettre leur stabilité ni interrompre l’activité portuaire. Un chantier emblématique qui montre comment un quai centenaire peut entrer dans une nouvelle ère.

 

L’équation est aussi technique qu’économique. Une grande partie des infrastructures portuaires historiques a été pensée à une époque où les navires de commerce affichaient des dimensions sans commune mesure avec celles des géants qui sillonnent aujourd’hui les grandes routes maritimes. Des navires d’environ 150 mètres de long et des tirants d’eau ne dépassant pas 9 mètres constituaient alors des références courantes de dimensionnement. Aujourd’hui, les plus grandes unités peuvent approcher les 400 mètres et présenter des tirants d’eau dépassant parfois 20 mètres. Cette course au gigantisme répond à une logique économique : transporter davantage de marchandises par voyage et réduire le coût à la tonne. Mais elle déplace aussi la contrainte vers les ports. Pour rester compétitifs, ceux-ci doivent disposer de chenaux suffisamment profonds, de bassins et de cercles d’évitage adaptés, mais aussi de quais capables d’accueillir ces navires de nouvelle génération Pour le Maroc, fortement ouvert sur les échanges internationaux, l’enjeu est stratégique. Il ne s’agit donc pas seulement de construire de nouveaux complexes portuaires, mais aussi de prolonger la durée de vie et d’accroître les performances des infrastructures existantes.

Casablanca, laboratoire de la transformation portuaire
C’est précisément ce qui se joue au port de Casablanca. Sur le terminal polyvalent exploité par Marsa Maroc, les postes de la série 30 font l’objet d’une importante opération de modernisation et d’approfondissement. Une première phase a permis de porter le tirant d’eau à 12 mètres, avec une possibilité d’extension future à 14 mètres, sur un linéaire de 210 mètres de quai. Le changement d’échelle est significatif : le port peut désormais accueillir sur ces installations des vraquiers de type Postpanamax approchant les 60,000 tonnes, alors que la capacité historiquement accessible ne dépassait guère les 35,000 tonnes. Le chantier, représentant selon les éléments communiqués un investissement de plus de 570 millions de dirhams, doit s’étendre à terme sur 530 mètres linéaires, avec une finalisation prévue début 2028. Mais derrière les chiffres se cache surtout un défi d’ingénierie. Le quai concerné a été construit dans les années 1920. Approfondir le bassin ne consiste donc pas simplement à retirer les matériaux présents devant l’ouvrage. Draguer directement au pied d’un quai ancien pourrait provoquer un affouillement et modifier dangereusement les conditions sur lesquelles repose sa stabilité. C’est sur cette problématique qu’Atlantic Dredging Maroc S.A. déploie son expertise en travaux maritimes.

Gagner en profondeur sans fragiliser l’existant
La réponse technique repose sur le principe du rempiétement sur pieux. L’objectif est de créer en avant du quai historique une nouvelle ligne structurelle capable de reprendre les efforts auxquels sera soumise l’infrastructure. Atlantic Dredging Maroc S.A. a adapté cette solution aux contraintes particulières du site. Une nouvelle poutre de couronnement en béton armé est réalisée devant l’ouvrage existant et solidarisée à celui-ci. Elle est supportée par un rideau de pieux préfabriqués en béton armé, installés dans des forages d’environ 1,5 mètre de diamètre.Les forages descendent dans le substratum rocheux jusqu’à plus de 30 mètres sous le niveau de circulation du quai. Les pieux doivent ensuite être ancrés sur plusieurs mètres dans la roche afin d’assurer la reprise des charges liées à l’exploitation du terminal. La nouvelle configuration permet de déplacer le front du quai d’environ quatre mètres vers le bassin. Ce décalage crée les conditions nécessaires pour réaliser ensuite le dragage d’approfondissement au droit du nouveau parement, sans compromettre l’équilibre mécanique du quai historique.

Sous le quai, le défi de la roche
À cette première difficulté s’en ajoute une autre, invisible depuis la surface : la géologie du port de Casablanca. Les travaux rencontrent des formations de quartzites et de schistes particulièrement résistantes. Atlantic Dredging Maroc S.A. a donc mobilisé des ateliers de forage lourd utilisant notamment des trépans de grand diamètre et des marteaux fond-de-trou. L’enjeu est de traverser successivement différentes couches géologiques puis de pénétrer profondément dans le substratum rocheux. Le maintien de la verticalité constitue une contrainte majeure. Sur plusieurs dizaines de mètres, toute déviation du forage peut compliquer l’installation du pieu et affecter le comportement de la structure. Dans cet environnement portuaire historique, le recours aux explosifs est écarté au profit d’un déroctage mécanique, plus compatible avec la nécessité de maîtriser les vibrations à proximité immédiate des ouvrages existants. Chaque pieu est finalement ancré profondément dans la roche afin de constituer la nouvelle assise de l’ouvrage et de supporter les sollicitations générées par les opérations portuaires futures.

Un chantier lourd dans un port qui ne s’arrête jamais
La technicité de l’opération ne se limite pourtant pas aux fondations. Atlantic Dredging Maroc S.A. doit relever un autre défi : réaliser ces travaux de génie civil maritime tout en maintenant l’activité commerciale du terminal. Impossible de transformer le quai en chantier fermé pendant plusieurs mois. Navires, grues, portiques et camions continuent de circuler à proximité des zones d’intervention. Chaque opération doit donc être pensée en fonction des impératifs d’exploitation. Pour y parvenir, le chantier est découpé en micro-phases. Les zones consacrées au forage, à la préfabrication et à la manutention des pieux, aux tirants d’ancrage ou encore au bétonnage de la nouvelle poutre de couronnement sont confinées sur des linéaires limités. Pendant qu’une portion est en travaux, les postes adjacents peuvent continuer à accueillir et à traiter les navires. Cette organisation suppose une coordination étroite entre Atlantic Dredging Maroc S.A. et les différents intervenants du terminal. Les interventions peuvent être organisées de jour comme de nuit afin de limiter leur incidence sur l’exploitation commerciale. Cette capacité à intervenir dans un environnement portuaire « vivant » devient elle-même une composante essentielle du savoir-faire : moderniser une infrastructure sans interrompre la chaîne logistique qu’elle supporte.

Donner une seconde vie aux infrastructures historiques
Le chantier de Casablanca dépasse ainsi la seule modernisation d’un quai. Il illustre un changement plus large dans la manière d’aborder le patrimoine portuaire national.
Le Maroc développe de nouvelles infrastructures capables de répondre aux standards internationaux, mais la compétitivité portuaire passe également par la valorisation des équipements existants. La Stratégie portuaire nationale à l’horizon 2030 inscrit d’ailleurs parmi ses orientations l’amélioration de la performance logistique, l’adaptation aux évolutions du secteur maritime et l’optimisation des infrastructures existantes. Dans cette transformation, les travaux maritimes spécialisés jouent un rôle déterminant. Dragage, déroctage, confortement, fondations profondes et rempiétement deviennent autant de leviers permettant de faire évoluer des ouvrages conçus parfois il y a près d’un siècle vers les standards du XXIe siècle. En portant progressivement les profondeurs disponibles d’un standard historique proche de 9 mètres à plus de 12 mètres, et potentiellement 14 mètres, la modernisation engagée à Casablanca change l’échelle des navires pouvant être accueillis. C’est toute la philosophie de l’intervention menée par Atlantic Dredging Maroc S.A. : ne pas opposer patrimoine portuaire et nouvelles infrastructures, mais utiliser l’ingénierie maritime pour donner une seconde vie aux ouvrages existants. À Casablanca, sous quelques mètres de quai visibles en surface, ce sont ainsi plusieurs dizaines de mètres de fondations et de technicité qui préparent le port centenaire aux exigences du commerce maritime de demain.

 

Les commentaires sont fermés.